mercredi 27 avril 2011

Charles LEUTHER, petite biographie d'un peintre paysagiste


L'actualité impose de commencer la première petite biographie des peintres qui nous intéressent par l'un de ses derniers représentants, Charles LEUTHER auquel le musée de Verviers consacrera une exposition rétrospective dès le 21 du mois prochain.

Charles Leuther est né le 3 mars 1920 à Saint-Vith. Cette petite ville de l'est de la Belgique sera annexée à la Belgique en 1925 (traité de Versailles) et le père de Leuther, originaire de Monschau (Allemagne), a opté pour la nationalité belge. Il est mécanicien-ajusteur à la SNCB. Sa mère, née Bertha Louis, est de Malmédy, la ville dans laquelle les Leuther s'installe en 1932 (Malmédy s'est souvenu de son passage dans ses murs et la Maison Cavens honora le peintre en organisant  sa première rétrospective en 1998).


En septembre 1940, Malmédy est à nouveau aux mains des allemands. La famille  fuit l'invasion et s'installe à Pepinster, au confluent de la Vesdre et de la Hoëgne, à quelques encablures de Verviers.
Le jeune Charles, après avoir été apprenti coiffeur, gagne sa vie dans l'industrie lainière à "la Textile de Pepinster" mais sa passion reste la peinture.


A Verviers il retrouve Raymond Lybas son ancien professeur de dessin de l'athénée de Malmédy. Lybas, un paysagiste talentueux, va le mettre en contact avec les artistes verviétois, notamment Maurice Pirenne et Philippe Derchain, les deux maîtres survivants de l'école intimiste. Rêvant d'égaler ses illustres pairs dans le même courant de sensibilité, il s'essaye pour la première fois à la peinture et  désire se perfectionner auprès de peintres confirmés.


A Pepinster, il fait la connaissance du peintre paysagiste Jean Julémont, son mentor, qui l'incite à suivre les cours de dessin de madame Alexandre à l'académie de Verviers (1955).
Non loin de Pepinster, à Nessonvaux,  il fera la connaissance du peintre Emmanuel Meuris* (le disciple d'Auguste Donnay et François Maréchal). L'emploi de couleurs saturées et des plans cloisonnés qui apparaissent dans plusieurs de ses tableaux lui viennent de cette rencontre.
Soucieux de se perfectionner en permanence mais dans la voie qu'il s'est choisie, il se lie avec d'excellents  artistes de "la nouvelle génération" : le theutois André Wilkin, Jean-Pierre Julémont, le fils de Jean et le "peintre des crépuscules" Guy Horenbach**  qui lui prodiguent de judicieux conseils.

Ch. Leuther et André Wilkin à la Marotte de Theux en 2005

Comme on peut le voir, le peintre sait s'entourer de nombreux amis. En 1982 une de ses amitiés lui permet de voyager en Provence à la rencontre des couleurs de Van Gogh qu'il admire. Parti pour 3 semaines il rentre après 3 mois. Il retourne de nombreuses fois au pays d'Arles, il y peint de très nombreuses toiles éclatantes de lumières et de couleurs. Il rencontre Jeanne Calment, la contemporaine de Van Gogh, et lui offre son portrait.


Leuther est un paysagiste d'atmosphère et un coloriste d'instinct. Il travaille invariablement dans son atelier, parfois à partir de photographies, et sur le motif en pleine nature emportant à mobylette sur son dos toiles et chevalet.
Vers 1995 il évolue vers une technique des contours et des aplats très personnelle, proche de celle utilisée en bande dessinée, qui fait curieusement penser à l'effet de solarisation utilisé en photographie ou aux chimigrames de Pierre Cordier. Il a poussé quelques temps cette technique vers une forme d'abstraction lyrique.



Il s'est aussi essayé au portrait, notamment ceux de la célèbre centenaire Jeanne Calment, du sculpteur Jean Donnay ou du peintre Balthus qu'il admirait.



Ses plus belles réussites restent toutefois ses vues de la gare de Pepinster et celles plus mélancoliques du pays de Vesdre, de la Fagne et de la Haute Ardenne qu'il rend avec une rare vérité et une économie de moyen qui sont la marque de fabrique des intimistes verviétois.




                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                        photos J. Spitz

Charles Leuther, resté célibataire,  est décédé à Pepinster le 11 novembre 2009.



* Fin stratège, Charles Leuther avait décidé de forcer la rencontre en plaçant son chevalet à proximité du domicile de Meuris. Intrigué Meuris s'était approché et avait finit par l'invité à venir voir son travail dans l'atelier.
**Hasard du calendrier, une autre exposition rétrospective sera consacrée à Guy Horenbach, peintre d'atmosphères mystérieuses et digne héritier des intimistes verviétois, et sera inaugurée le 20 mai à Malmédy

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